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Comment les données de comptage ont aidé Oslo à concrétiser ses ambitions en matière de cyclisme

Rédigé par Raphaël Chapalain | 29 sept. 2026

Comment mesurer les progrès accomplis vers un objectif ambitieux de part modale vélo alors que les enquêtes sur les déplacements n'ont lieu que tous les quatre ans ? Dans la capitale norvégienne, les données continues issues des comptages vélo ont permis à Oslo de disposer d'un moyen concret de suivre l'évolution année après année, d'évaluer les décisions en matière d'infrastructures et de renforcer les arguments en faveur des investissements dans les modes de transport actifs.

Introduction

Lorsque la coalition du Parti Vert d’Oslo a accédé au pouvoir à partir des années 2015, celui-ci s’est fixé un objectif ambitieux en matière de part modale vélo : 25 % des déplacements, contre 4 à 5 % mesurés à l’époque. La ville a alors eu besoin d’un moyen de suivre les progrès entre deux enquêtes sur les déplacements, qui n’ont lieu que tous les quatre ans. Les données continues issues du comptage vélo, mises en place pour la première fois en 2014, sont devenues ce qui permis à Oslo de suivre sa planification en matière de transport durable et actif année après année, plutôt qu’une fois tous les quatre ans.

Nous nous sommes entretenus avec Ellinor Ragnhild Anderson, Analyste de données au sein de l’équipe « Insights » de la ville d’Oslo, rattachée au département du développement de la mobilité. Cette équipe travaille sur la planification des transports écologiques. Nous avons discuté afin de comprendre les défis auxquels les gestionnaires sont confrontés en matière de données et la manière dont les données en continu servent d'arguments pour soutenir cette politique cyclable.

Problématiques

En 2014, la planification cyclable à Oslo suivait largement un plan d’infrastructures fixe plutôt que les données réelles d’utilisation (une approche « axée sur les infrastructures » plutôt que « axée sur les données »). Les premiers compteurs ont été mis en place dans le cadre d’une étude : l’Institut d’économie des transports souhaitait comparer les conditions de circulation à vélo sur les routes appartenant à l’État et sur les infrastructures municipales, et notamment évaluer l’impact des différents niveaux d’entretien hivernal sur la pratique du vélo.

Parallèlement, le nouvel objectif cyclable de la ville fixait un objectif politique dont il fallait assurer le suivi. Les enquêtes sur les déplacements, menées tous les quatre ans, ne permettaient pas de déterminer si l’objectif était atteint d’une année sur l’autre, ni quels investissements avaient réellement un impact. L’équipe Insights a étendu son réseau de compteurs pour combler cette lacune.

Solutions

Oslo a placé ses compteurs de vélos de manière stratégique, aux principaux points d’accès au centre-ville, afin que le réseau reflète les tendances à l’échelle de la ville plutôt que celles de rues isolées. Passant de la première installation en 2014 à 31 sites surveillés aujourd’hui, le réseau montre comment un système de comptage peut s’étendre progressivement à mesure que de nouveaux besoins apparaissent.

L’équipe utilise également des compteurs temporaires pour effectuer des comparaisons « avant-après ». Placés à proximité des sites où de nouvelles infrastructures cyclables ont été construites, ils permettent à l’équipe Insights de comparer l’effet d’aménagement de qualité supérieure à celui de modifications plus modestes.

La ville d’Oslo publie les données de comptage vélo, parallèlement à celles d’autres modes de transport, dans son «climate sykkeltrafikkbarometer » (baromètre climat vélo), pour partager les données auprès du grand public.

Résultats

Principales conclusions : 82% d'augmentation du trafic vélo entre 2014 et 2025

Les données de comptage en continu suivent la même tendance générale que la part modale mesurée dans les enquêtes sur les déplacements à Oslo, avec une augmentation de 82 % du trafic cycliste entre 2014 et 2025. Le trafic cycliste a atteint un niveau record pendant les années de pandémie de COVID-19, avant d’être à nouveau battu en 2025.

Un autre constat est que les plus fortes hausses d’une année sur l’autre se produisent désormais en hiver. L’analyse des données réalisée par l’équipe Insights attribue ce phénomène à l’amélioration de l’entretien hivernal et à l’utilisation croissante des vélos électriques, qui facilitent la pratique du vélo en hiver.

Là où des infrastructures cyclables de haute qualité ont été mises en place, les compteurs « avant-après » ont également révélé une augmentation du trafic plus importante que dans les endroits où les changements ont été plus modestes, ce qui constitue un moyen direct, au niveau local, de comparer les investissements et de justifier les projets.

La comparaison avec des villes voisines a également aidé l’équipe à démêler les raisons de l’augmentation du trafic cycliste. Elle a clairement montré que la hausse de la fréquentation était liée aux améliorations des infrastructures, et moins à des tendances plus générales telles qu’une météo plus clémente ou l’utilisation croissante des vélos électriques, puisque des villes comparables n’ayant pas procédé aux mêmes aménagements ont connu des augmentations plus modestes.

Impact

Les recherches sur le vélo d'hiver, qui ont débuté avec la mise en place des premiers compteurs en 2014, ont ainsi prouvé qu’un meilleur entretien entraînait une augmentation de la fréquentation cycliste en hiver.

Graphique illustrant l’évolution du trafic cycliste en hiver à Oslo entre 2015 et 2025 :
+169% d'augmentation sur les mois d'hiver (Décembre, Janvier, Février)

Dans le cadre d’un récent projet d’infrastructure, le trafic n’a pas augmenté comme prévu immédiatement après la mise en place d’infrastructures de haute qualité. Les données de comptage ont permis à l’équipe d’approfondir son analyse et d’identifier la cause de cet écart : une fermeture de la route pour travaux plus loin sur le parcours avait détourné une part importante du trafic cycliste. Une fois la route rouverte, les chiffres ont montré l’augmentation attendue.

Exemple d’un projet de réaménagement d’infrastructures cyclables « avant/après » à Oslo

Ce même type de données — les chiffres des compteurs de vélos indiquant le nombre réel d’utilisateurs des nouvelles infrastructures — a également étayé l’un des projets les plus controversés d’Oslo : la suppression d’un nombre important de places de stationnement. C’est ce type de décision fondée sur des données qui a permis à l’équipe Insights de justifier le projet en interne.

Enseignements

Au-delà d'un projet en particulier, l’équipe apprécie de disposer en permanence de données, utiles pour répondre à de nombreuses questions au fur et à mesure qu’elles se posent. Comme le dit Ellinor, «c’est l’équivalent de disposer de données climatiques plutôt que de données météorologiques » : les tendances à long terme donnent une vision complète de la situation.

L’expérience d’Oslo met en évidence quelques enseignements que d’autres villes et régions pourraient mettre à profit. Un réseau de comptage permanent et des compteurs temporaires installés avant et après les travaux remplissent deux fonctions différentes et complémentaires : le réseau permanent suit les tendances à long terme à l’échelle de la ville, tandis que les compteurs temporaires isolent l’effet d’une infrastructure spécifique et permettent de justifier l'avant/après.

Conclusion

Des données de comptage continues et stratégiquement placées permettent à l’équipe « Insights » d’Oslo de suivre un objectif politique entre deux enquêtes sur les déplacements, de justifier des investissements spécifiques dans les infrastructures à l’aide de chiffres plutôt que d’hypothèses, et de renforcer les arguments en faveur des travaux d’entretien hivernal qui permettent aux cyclistes de rouler toute l’année.