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Combler les lacunes : comment les données métropolitaines aident Barcelone à construire des corridors cyclables quotidiens plus sûrs ?

Rédigé par Raphaël Chapalain | 16 févr. 2026

Dans les principales métropoles d'Europe, les politiques cyclables passent de plus en plus de projets d'infrastructure isolés au défi de la construction de réseaux entiers, cohérents et quotidiens. Dans la région métropolitaine de Barcelone, cette transition est particulièrement visible. Avec 36 municipalités et des millions de déplacements quotidiens, la mobilité ne peut fonctionner que si elle est planifiée, mesurée et gérée à la bonne échelle.

Pour soutenir cette transition, l'Àrea Metropolitana de Barcelona (AMB) a fait de l'achèvement de son réseau cyclable métropolitain, connu sous le nom de Bicivia, une priorité stratégique. L'objectif n'est pas seulement d'étendre l'infrastructure cyclable, mais de s'assurer que les itinéraires sont continus, sûrs et intuitifs pour les trajets quotidiens entre les quartiers, les municipalités et les pôles d'échange multimodaux.

Au cours des cinq dernières années, l'usage du vélo a connu une croissance soutenue dans l'ensemble de la région métropolitaine. Selon les données publiées par l'Àrea Metropolitana de Barcelona, l'utilisation du vélo a augmenté de 29 % entre 2019 et 2024, atteignant une moyenne de 14 057 trajets quotidiens en 2024.

Cette croissance est étroitement liée au déploiement progressif du réseau cyclable métropolitain Bicivia. Couvrant 367 kilomètres et reliant les municipalités de l'aire métropolitaine, le réseau est devenu un élément clé de la mobilité durable. Les derniers chiffres de l'AMB font état d'une augmentation de 21 % de la demande entre 2019 et 2024, avec une moyenne de 75 600 utilisateurs quotidiens l'année dernière.

Ces tendances fournissent un contexte essentiel pour comprendre pourquoi la continuité et le suivi du réseau cyclable sont devenus des questions stratégiques à l'échelle métropolitaine.

En 2025, un nouveau cycle de financement métropolitain (3,38 millions d'euros) a été lancé pour aider les municipalités à combler les lacunes critiques de ce réseau. Derrière ces investissements se cache une question simple : comment les autorités publiques peuvent-elles s'assurer que les nouveaux corridors répondent réellement aux besoins de mobilité ?

Crédit photo : AMB

 

Challenges

Avant que le comptage systématique ne soit déployé à l'échelle métropolitaine, la prise de décision concernant les aménagements cyclables reposait largement sur des diagnostics locaux. Chaque municipalité avait sa propre perception de la croissance de la pratique du vélo, de la répartition des problèmes de sécurité ou des sections à traiter en priorité. Bien que cette connaissance locale soit précieuse, elle reste fragmentée et difficile à comparer sur l'ensemble du territoire métropolitain.

Dans le même temps, l'ambition de Bicivia nécessitait une perspective très différente. Un axe qui semble marginal à l'échelle d'une municipalité peut en fait jouer un rôle essentiel en reliant des zones résidentielles à des zones d'emploi, des universités ou des pôles majeurs lorsqu'il est considéré comme faisant partie d'un réseau plus vaste. En l'absence de données partagées et objectives, la hiérarchisation de ces "liaisons clés" est restée complexe.

Cette absence de référence factuelle commune a également créé des risques. Les investissements pourraient se concentrer sur des tronçons visibles ou politiquement saillants plutôt que sur des axes qui favorisent réellement la mobilité quotidienne. Il était également difficile de mesurer l'impact des projets achevés, ce qui limitait la capacité à démontrer la valeur des dépenses publiques ou à ajuster les stratégies au fil du temps.

 

Solutions

Pour relever ces défis, l'AMB a progressivement structuré un système de mesure métropolitain pour la mobilité active, conçu pour s'intégrer à son infrastructure numérique existante.

Dans toute la région métropolitaine, 53 compteurs vélo ZELT ont été installés sur des itinéraires cyclables et piétons dans différentes municipalités. Ces emplacements ont été choisis pour capter les flux sur les axes stratégiques du réseau, en particulier lorsque la continuité entre les municipalités ou l'accès à des destinations-clés est en jeu. Sur plusieurs sites, des afficheurs ont également été installés, rendant les flux de cyclistes et de piétons visibles dans l'espace public et contribuant à la sensibilisation à l'utilisation quotidienne.

Plutôt que de considérer le comptage comme un exercice isolé, l'AMB a choisi d'intégrer pleinement ces mesures dans son écosystème de données urbaines. Grâce à l'API d'Eco-Compteur, toutes les données de comptage sont transmises automatiquement et en continu à la plateforme métropolitaine utilisée pour gérer et partager les données urbaines entre les services et les municipalités.

Cette intégration permet d'analyser les données sur la mobilité active en même temps que d'autres ensembles de données métropolitaines et garantit qu'elles peuvent être consultées, comparées et réutilisées par les équipes techniques au fil du temps. Le résultat est une série cohérente de comptages de piétons et de cyclistes, structurés par heure, par jour et par saison, et comparables sur plusieurs sites.

Carte de la capacité cycliste à Barcelone - Source : Movactiva

 

Résultats

Que révèlent les données ?

Les données agrégées mettent en évidence les différences d'utilisation du réseau cyclable métropolitain.

Le comptage, le suivi, le croisement et l'analyse des données permettent d'observer des variations significatives entre les axes, certains segments présentant des volumes plus élevés et des profils temporels plus réguliers que d'autres. Les profils horaires et journaliers révèlent également de nets contrastes entre les jours de semaine et les week-ends, indiquant des usages différenciés en fonction du contexte et de la fonction du corridor.

A l'échelle métropolitaine, l'agrégation par la plateforme open source pour capteurs Sentilo permet une lecture à l'échelle du réseau qui va au-delà de l'observation locale et permet d'identifier les segments ayant un rôle potentiellement structurant.

Crédit photo : AMB

 

Décisions et actions

Ces enseignements ont permis de donner une base concrète à la priorisation des investissements dans le cadre du programme de financement métropolitain. Plutôt que de se concentrer uniquement sur la longueur de l'infrastructure ou sur la demande locale, les décisions de financement peuvent ainsi prendre en compte les schémas d'utilisation réels et le rôle de chaque segment au sein du réseau plus large.

Pour les équipes techniques municipales, l'accès aux données partagées a permis d'aligner les projets locaux sur les objectifs métropolitains. Pour les élus, les mesures offrent un moyen clair et objectif de justifier les investissements et de communiquer leur impact. Au fil du temps, ces mêmes données servent également de référence pour suivre les performances des axes achevés et l'évolution de l'utilisation une fois la continuité établie.

La présence d'Eco-DISPLAYs dans l'espace public a ajouté une autre dimension, rendant les flux cyclables visibles et tangibles pour les résidents et renforçant la perception du vélo comme un mode de transport normal et quotidien.

Enseignements

Cette expérience met en lumière une leçon essentielle pour les grandes régions urbaines : les politiques cyclistes métropolitaines nécessitent des données métropolitaines et la capacité de les analyser. Lorsque le comptage est organisé, interopérable et partagé entre les municipalités, il devient possible de passer d'un groupe de projets locaux à une stratégie de réseau cohérente.

L'étude montre également que l'interopérabilité est aussi importante que la mesure elle-même. En intégrant les données relatives à la mobilité active directement dans une plateforme de données urbaines existante, l'AMB a fait en sorte que les comptages cyclistes fassent partie de la prise de décision quotidienne, plutôt que d'être un exercice technique distinct.

Conclusion

Alors que l'agglomération de Barcelone continue d'investir dans les infrastructures cyclables, les données jouent un rôle discret mais décisif. En révélant comment les gens se déplacent réellement à travers les frontières municipales, elles aident les autorités publiques à concentrer leurs efforts là où ils comptent le plus : sur les axes qui transforment les pistes cyclables fragmentées en itinéraires fiables et quotidiens.

Dans ce contexte, le comptage ne consiste plus seulement à mesurer des volumes. Il devient un outil permettant d'instaurer la confiance, d'aligner les parties prenantes et de rendre les stratégies de mobilité métropolitaine à la fois visibles et réalisables.