Ce résultat n’est pas le fruit du hasard. Il s’appuie sur plus d’une décennie d’investissements, de réaménagements, et surtout d’un pilotage fin basé sur des données réelles de mobilité collectées sur un temps long.
Pour atteindre cet objectif ambitieux de Vision Zero, la ville a combiné compréhension fine des déplacements, réduction des vitesses, interventions ciblées et système de comptage-analyse fiables des données.
Le défi complexe de la capitale finlandaise
Avant ce tournant historique, Helsinki faisait face à un défi complexe.
La ville devait gérer un climat nordique exigeant (nuit longue, verglas, pluies), des flux mixtes croissants entre cyclistes, piétons et automobilistes, et une fréquentation vélo en hausse continue, portée par des axes majeurs comme le réseau de pistes cyclables structurantes Baana.
Malgré ces transformations, les décisions publiques dépendaient encore trop souvent de perceptions, d’observations ponctuelles ou de divergences entre services. Or, pour améliorer la sécurité d’un territoire, les intuitions ne suffisent pas.
Plusieurs questions restaient sans réponse pour les services et les élus finlandais :
- Où les flux cyclistes étaient-ils les plus sensibles ?
- Quels carrefours généraient le plus de conflits potentiels ?
- Comment évoluaient les usages entre hiver et été ?
- Quels tronçons nécessitaient en priorité un abaissement de vitesse ou une séparation des flux ?
L’absence de données continues augmentait le risque de mauvaises priorités, de retards d’intervention et d’accidents évitables. En 2024 encore, la ville recensait 277 accidents corporels dans l’année. Un chiffre en baisse historique, mais qui restait encore trop élevé pour atteindre leur objectif de zéro mort sur la route (Vision Zero).
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« Je dis toujours qu'il s'agit de mettre en œuvre une stratégie cyclable bien développée de façon holistique, en conjonction avec la stratégie globale de la ville ». — Oskari Kaupinmäki, Cycling Coordinator, City of Helsinki - Welovecycling
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Les solutions
Pour piloter sa stratégie Vision Zero, Helsinki s’est appuyée sur une infrastructure de mesure solide et sur une politique d’open data très avancée, permettant à la ville d’observer ses flux en continu et de croiser différentes sources de données. En voici quelques exemples :
Un réseau de compteurs automatiques
La ville dispose d’un réseau de 25 compteurs automatiques permanents installés sur les principaux axes cyclables et piétons et un dispositif complété par un Eco-Display public à Lauttasaari, qui rend les volumes de cyclistes visibles pour les habitants et les décideurs. Toutes ces données venant alimenter une plateforme d’analyse et de gestion Eco-Visio dont une version grand public.
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Une stratégie d’ouverture des données
Parallèlement, Helsinki met à disposition en open data des bases de comptage complètes, notamment un jeu de données horaires des comptages vélo depuis 2014 et un autre jeu de données annuelles dérivées, permettant d’analyser les tendances de long terme.
Ces jeux de données sont accessibles via la plateforme officielle d’open data de la ville et alimentent les analyses publiques comme les travaux d’urbanisme.
Une API dédiées aux données de mobilité
La ville dispose également d’une API dédiée aux observations de mobilité, l’API LIDO-TIKU, qui centralise les données de flux issues de plusieurs types de capteurs : vélos, piétons, trafic motorisé, ainsi que des données de contexte comme la météo, l’état des routes ou les événements particuliers. Ce point d’accès unifié permet de relier les volumes mesurés aux conditions concrètes d’usage et aux conditions extérieures.
Un tableau de bord de pilotage
En intégrant ces données dans ses tableaux de bord internes, Helsinki a pu comparer les volumes réels entre saisons, jours, heures et axes et analyser l’impact de la météo (neige, pluie, gel) sur la sécurité et les vitesses. Ces données croisées lui ont aussi permis d’identifier les intersections à forte intensité d’usage et croiser les flux mesurés avec les rapports d’accidentalité, prioriser les réaménagements où les volumes étaient les plus élevés ou les conflits potentiels les plus fréquents. Enfin, ses tableaux de bords internes ont permis d’évaluer l’effet des zones 30 km/h sur la baisse des blessures, grâce au suivi consolidé publié par la ville et ses partenaires.
Cette approche systémique de la donnée a permis de créer un langage commun entre ingénieurs, urbanistes, services maintenance et élus. Chacun travaillait désormais à partir des mêmes chiffres, des mêmes tableaux de bord, et d’une comparaison rigoureuse entre usage réel et niveau de risque.
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« Pour nous, l'important c'est la façon dont cet objectif guide nos actions au quotidien (…). Nous veillons à évaluer toutes nos décisions en fonction de leur impact à long terme. » Roni Utriainen, ingénieur trafic pour la ville d’Helsinki, 29 juillet 2025, YLE NEWS
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Des résultats exemplaires
Ce que ces données ont révélé
L’analyse réalisée par les services d’Helsinki a confirmé un point majeur. Les déplacements à vélo augmentaient plus vite que prévu, y compris en hiver. Cela a renforcé la nécessité d’améliorer les corridors structurants, de séparer les flux là où les volumes étaient trop importants et de sécuriser les carrefours les plus complexes.
Le croisement de ces données fiables ont également mis en lumière :
- des pics de fréquentation très marqués sur des axes comme la Baana (plusieurs milliers de cyclistes/jour),
- une saisonnalité forte mais une base hivernale stable, justifiant des efforts sur l’éclairage et le déneigement,
- des carrefours à fort potentiel de conflit, nécessitant visibilité accrue, plateaux surélevés et continuités piétonnes,
- une corrélation claire entre baisse des vitesses (30 km/h) et baisse des blessures sur les rues centrales. Plus de la moitié des rues de la ville sont désormais limitées à 30 km/h .
Ces apprentissages ont permis de transformer la sécurité routière en objectif piloté, plutôt qu’en tendance subie.
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Ce qui a changé grâce à ces données
Grâce à cette approche, Helsinki a pu :
- Étendre massivement les zones 30 km/h, notamment dans les quartiers résidentiels et aux abords des écoles.
- Réaménager des intersections critiques pour réduire les conflits piétons/vélos/voitures.
- Améliorer l’éclairage et la lisibilité des trajets actifs durant les mois d’hiver.
- Séparer les flux dans les zones à très forte fréquentation.
- Cibler ses investissements de manière plus juste, plus rapide et mieux argumentée.
- Renforcer l’adhésion citoyenne grâce aux displays affichant les comptages en temps réel.
La conséquence est historique. Aucun décès routier sur une période de douze mois, entre juillet 2024 et juillet 2025, confirmé par l’Observatory de la Commission Européenne et les médias finlandais.
Le taux de blessures graves continue également de décroître, témoignant d’une transformation structurelle de la sécurité dans l’espace public.
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« Le succès de la capitale finlandaise est le fruit d’un engagement politique fort en faveur de la mise en œuvre systématique de la Vision Zéro. Il n’existe pas de mesure unique permettant d’atteindre zéro décès sur les routes » Henk Swarttouw, président de la Fédération européenne des cyclistes, 29 aout 2025, Roadpal
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Les leçons de l’exemple d’Helsinki
L’expérience d’Helsinki offre deux enseignements utiles aux collectivités visant une stratégie Vision Zero.
D’une part, on n’atteint jamais Vision Zero sans mesurer la réalité des déplacements. Les accidents ne racontent que la fin de l’histoire. La compréhension des usages (où, quand, comment) permet d’anticiper les risques avant qu’ils ne deviennent des drames.
D’autre part, la donnée devient efficace lorsqu’elle crée un langage commun. À Helsinki, ingénieurs, urbanistes, services maintenance et élus prenaient parfois des décisions en silo. En partageant les mêmes chiffres, ils ont aligné priorités, budgets et interventions.
Cette approche est reproductible. Toute collectivité cherchant à réduire les accidents, mieux comprendre ses flux ou justifier des aménagements peut s’inspirer de la méthode finlandaise. Elle peut aujourd’hui augmenter et accélérer sa politique Vision Zéro grâce à des solutions d’intelligence artificielle comme le système CITIX-AI Evo.
