Depuis plus d'une décennie, Auckland Transport s'appuie sur une analyse de données basée sur l'utilisation du vélo (notamment le nombre de vélos enregistrés sur les corridors clés) pour mesurer l'utilisation réelle des pistes cyclables, donner du sens aux données et rendre les résultats visibles.
Dans un contexte de débat public parfois tendu, de conflits sur l'espace public et de pression budgétaire importante, ces chiffres deviennent un indicateur fiable pour interpréter les résultats. Ils sont également utilisés pour présenter les budgets, prendre des décisions, hiérarchiser les projets et démontrer l'impact.
Défis
Avant le comptage automatique, AT devait investir avec des preuves limitées et convaincre les gens malgré les idées fausses. Les équipes s'appuyaient principalement sur des enquêtes occasionnelles et des comptages manuels à court terme, ce qui rendait difficile :
- La priorisation des investissements en faveur du vélo face aux critiques concernant les "pistes cyclables vides".
- La mesure de l'impact à long terme de l'infrastructure (saisonnalité, tendances, avant/après).
Solutions
AT a structuré une approche centrée sur la "vérité terrain" : suivre les corridors clés dans le temps à travers un réseau dense de sites, pour mieux comprendre les niveaux d'utilisation et quantifier les changements dans la part modale vélo.
- 26 sites historiques utilisés comme références pour construire de longues séries chronologiques.
- Déploiement progressif de compteurs automatiques sur le reste du réseau en fonction des besoins, pour un total de 81 sites équipés.
- Centralisation et analyse des données via Eco-Visio comme solution tout-en-un, avec un tableau de bord opérationnel permettant :
- le suivi quotidien (heures, jours, saisonnalité),
- l'analyse stratégique (tendances de fond, report modal, comparaison avec d'autres modes).
Les résultats sont partagés avec les parties prenantes et publiés mensuellement : https://at.govt.nz/cycling-walking/research-monitoring/monthly-cycle-monitoring

Ce que les données de fréquentation ont révélé
Note : Cette section est basée sur l'excellente analyse de Matt Lowrie (Greater Auckland) : https://www.greaterauckland.org.nz/2025/05/29/whats-up-with-cycleway-ridership-the-numbers/
La fréquentation globale augmente à nouveau ; le centre-ville est déjà revenu aux niveaux de trafic cycliste de 2019.
Sur l'ensemble des 26 compteurs historiques, la fréquentation a de nouveau augmenté au cours des derniers mois, tout en restant inférieure au pic observé avant COVID. Elle est estimée à environ 90 % du niveau record de février 2020.

Sur les grands axes d'accès au centre-ville, la dynamique est plus claire : les déplacements à vélo retrouvent des niveaux comparables à ceux de 2019, tandis que le trafic automobile et les transports en commun restent durablement en deçà. Cela suggère une augmentation relative de la part du mode vélo dans cette zone.
"[Ces résultats] s'inscrivent dans la continuité de la vague d'investissement d'il y a dix ans, qui a amélioré l'accès des cyclistes au centre-ville grâce à des projets tels que Grafton Gully et Lightpath." - Matt Lowrie (Greater Auckland)

L'effet de réseau : une connexion-clé peut déclencher un bond dans l'utilisation du vélo
Un enseignement s'impose : chaque nouvelle liaison cyclable, même de qualité variable, peut déclencher une augmentation immédiate et durable de la pratique du vélo.
Un site suivi depuis 2010 l'illustre : au fur et à mesure des améliorations (continuité, sécurité, connexions), la fréquentation a fortement augmenté sur cet axe structurant du nord-ouest, avec un doublement du trafic entre 2016 et 2020. En 2026, le trafic cycliste sur cet axe retrouve des niveaux similaires à ceux de 2019-2020, sans toutefois atteindre le pic de février 2020.
Pour une illustration visuelle de cet effet de réseau : https://www.greaterauckland.org.nz/2025/05/29/whats-up-with-cycleway-ridership-the-numbers/
Avant/après : des résultats rapides, quantifiés
Sur Meola Road, un axe réaménagé entre 2023 et 2025, les compteurs affichent 500 passages/jour dès mars 2025, soit déjà 70% de l'objectif 2028 (700/jour). Sans mesure, le projet aurait pu être jugé trop tôt ; les données montrent au contraire un très bon départ, et un objectif ambitieux mais réaliste pour 2028.

Des décisions concrètes rendues possibles par les données
Comme l'indique Auckland Transport sur son site, l'organisation utilise les données de comptage et l'analyse des données pour plusieurs raisons, notamment pour :
- Comprendre les tendances d'utilisation du vélo, pour donner un sens aux données et interpréter les résultats dans le temps
- soutenir la prise de décision et l'investissement dans les politiques en faveur du vélo (notamment dans le cadre du plan vélo) et présenter les budgets sur une base factuelle
- Partager les données avec le grand public sur l'utilisation du réseau cyclable.
La "déclaration d'intention" d'AT comprend des indicateurs-clés basés sur les comptages, et des rapports récents soulignent que les données d'utilisation ont souvent dépassé les attentes (croissance annuelle moyenne de 13 %). Pour AT, ces comptages constituent un indicateur fiable et comparable permettant de suivre le nombre de vélos, de discuter du partage des modes de transport et de soutenir une trajectoire de mobilité durable.
Dans un contexte de baisse du financement national de la marche et du vélo, les tendances locales sont utilisées comme arguments pour maintenir ou compléter le financement municipal des projets prioritaires. Le conseil municipal d'Auckland met en avant l'augmentation mesurée des nouveaux itinéraires pour justifier la poursuite des investissements (par exemple, +200 millions de dollars néo-zélandais entre 2015 et 2018 pour +27 km de pistes cyclables).
Principaux enseignements
L'exemple d'Auckland met en évidence trois points importants :
- Le maintien d'un ensemble de sites de "référence" au fil du temps est essentiel pour suivre la tendance sous-jacente au-delà de la saisonnalité.
- La définition d'un objectif quantifié pour chaque projet (par exemple, déplacements/jour après N années) renforce la clarté et la robustesse.
- La contextualisation des comptages (conditions météorologiques, horaires, autres modes de transport) permet une lecture plus concrète des chiffres.
Conclusion
Cet exemple illustre une idée simple que l'on ne répétera jamais assez : les données de terrain transforment la conviction en décision.
En quantifiant l'usage réel, l'analyse des données permet de prioriser, de justifier et d'améliorer continuellement un réseau cyclable. Et elle montre qu'avec des liens continus, la fréquentation peut augmenter rapidement.